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Résilience : comment le corps et le psychisme se réorganisent après un traumatisme

Traumatismes, sécurité & résilience

Comprendre comment le corps, le cerveau et le psychisme se réorganisent après un traumatisme est essentiel pour saisir le processus de résilience. Cet article explore les mécanismes neurobiologiques, corporels et psychiques à l’œuvre, ainsi que le rôle des relations dans la reconstruction.

Par Margaux Jarrige | le 15.04.2026 |
8 min de lecture

(Article 2/3 - série Résilience - Margaux Jarrige) 

Lorsqu'un traumatisme survient, il ne touche pas uniquement la pensée ou la mémoire. Il s'inscrit profondément dans le corps, le système nerveux et le psychisme. 

Comprendre la résilience, c'est comprendre comment l'être humain tente de retrouver un équilibre après une effraction traumatique, parfois malgré lui. 

Cet article s'inscrit dans une série dédiée à la résilience : 

- L'article 1 : comprendre les bases de la résilience (déjà publié) 

- L'article 3 : processus de réparation et d'intégration (à venir)

Le traumatisme : une rupture brutale de l'équilibre psychique

En psychologie, le traumatisme est défini comme une effraction psychique : un évènement trop intense, trop soudain, que le psychisme ne parvient pas à intégrer (Freud, 1920). A différencier du traumatisme développemental ici.

Il y a alors un avant et un après. Même lorsque l'évènement est terminé, quelque-chose continue de se rejouer dans le corps et l'esprit. 

La résilience ne consiste pas à effacer cette trace. Elle correspond à la capacité progressive du corps et du psychisme à se réorganiser pour continuer à vivre. 

Personne en état de détresse émotionnelle symbolisant l’impact d’un traumatisme sur le corps et l’esprit
Illustration du système nerveux montrant les réactions de survie face au stress et au traumatisme

La résilience dans le corps : le rôle du système nerveux

Le système nerveux autonome et les états de survie : 

Le corps humain fonctionne avec un système de régulation automatique : le système nerveux autonome, chargé d'adapter nos réactions face au danger. 

Selon la théorie polyvagale de Stephen Porges (Développé dans un article dédié), après un traumatisme, le système nerveux peut rester bloqué dans des états de protection : 

- Hyperactivation : hypervigilance, anxiété, troubles du sommeil, tension permanente. 

- Figement : sidération, dissociation, impression de déconnexion de soi ou du monde. 

Ces réactions ne sont pas des dysfonctionnements. Ce sont des réponses de survie. 

La résilience correspond ici à un retour progressif vers un état de sécurité interne, grâce au système parasympatique, impliqué dans l'apaisement et la régulation émotionnelle.

Le corps garde la mémoire du traumatisme : 

Les recherches de Bessel van der Kolk (2014) et Peter Levine (1997) montrent que le traumatisme ne reste pas uniquement psychique. 

Il s'inscrit dans le corps sous forme de : 

- Tension chroniques

- Douleurs diffuses ou inexpliquées

- Fatigue persistante

- Troubles digesstifs 

- Sensations de vide, d'engourdissement ou de débordement. 

C'est pour cela que la résilience ne peut pas être uniquement mentale. 

Le corps doit parfois compléter ce qui n'a pas pu être accompli au moment du choc : fuir, réagir, se protéger. 

La résilience dans le cerveau : plasticité et régulation 

La plasticité cérébrale : capacité de reconstruction : 

Le cerveau possède une propriété essentielle : la plasticité cérébrale. 

Il peut créer de nouvelles connexions neuronales tout au long de la vie, particulièrement lorsque l'environnement devient plus sécurisant (Cyrulnik, 2001). 

Un cadre thérapeutique, une relation stable ou un lien affectif sécurisant peuvent soutenir cette réorganisation.

Illustration des tensions corporelles liées à la mémoire du traumatisme et au stress chronique
Illustration des hormones liées au stress et à l’équilibre émotionnel dans le cerveau

Stress, hormones et équilibre neurobiologique : 

La résilience dépend aussi de la régulation de plusieurs systèmes biologiques : 

- Cortisol : hormone du stress

- Sérotonine : régulation de l'humeur

- Dopamine : motivation et plaisir. 

Selon McEwen (2007), un stress chronique ou des traumatismes répétés peuvent dérégler ces systèmes et fragiliser l'équilibre émotionnel. 

A l'inverse, une stabilisation progressive permet un retour à l'équilibre. 

La résilience psychique : intégrer sans s'effondrer

Les mécanismes de défense : 

Face au traumatisme, le psychisme met en place des mécanismes inconscients de protection : 

- Refoulement

- Déni 

- Clivage

- Dissociation

Ils sont nécessaires à la survie psychique sur le moment. 

Mais lorsqu'ils se rigidifient, ils peuvent freiner le processus de résilience. 

La résilience implique alors une intégration progressive de l'expérience traumatique dans l'histoire personnelle, à un rythme supportable. 

Illustration des mécanismes de défense psychiques face à un traumatisme

Mettre en mots : transformer l'expérience : 

Selon Marie Anaut (2002), la narration permet de transformer l'effroi en récit, en ainsi de restaurer une continuité interne. 

Mettre en mots permet de : 

- Structurer la pensée

- Apaiser le système nerveux 

- Restaurer un sentiment de continuité de soi. 

C'est un des piliers fondamentaux de la résilience. 

Illustration de la sublimation par la créativité comme transformation de l’expérience traumatique

Créativité et sublimation : 

La créativité joue également un rôle important dans la reconstruction psychique. 

Freud et Cyrulnik ont montré que la sublimation permet de transformer une charge émotionnelle intense en production symbolique : 

- Ecriture

- Art

- Musique

- Engagement

Elle donne une forme à ce qui ne pouvait pas être dit. 

Résilience et relations : le rôle de l'attachement 

La résilience ne se construit jamais seul. 

John bowlby (1969) a montré que la présence de figures d'attachement sécurisantes est un facteur majeur de protection. 

Boris Cyrulnik parle de "tuteurs de résilience" : une personne, un lien, parfois un professionnel, qui permet de remettre du sens et de la sécurité. 

La validation émotionnelle joue ici un rôle central.

A l'inverse, la minimisation ou le déni du traumatisme peuvent aggraver la souffrance (Ferenczi, 1933). 

Un processus non linéaire 

La résilience n'est ni rapide ni continue. 

Elle fonctionne par cycles : 

- Avancées

- Stagnations

- Régressions temporaires

Ces variations font partie intégrante du processus, notamment dans les traumatismes précoces. 

Se reconstruire ne signifie pas ne plus souffrir, mais apprendre à vivre autrement avec ce qui a été traversé. 

Illustration symbolisant la reconstruction et l’espoir après un traumatisme

Conclusion 

La résilience est un processus global qui engage :

- Le corps

- Le cerveau

- Le psychisme 

- Les relations 

Elle demande du temps, de la sécurité et des expériences réparatrices. 

Comprendre cela permet de sortir de la culpabilité et de remettre du sens sur ce vécu : se reconstruire après un traumatisme est un processus pronfément humain, pas un effort de volonté. 

 

Si cet article résonne avec votre vécu, il peut parfois être utile de ne pas traverser ces questionnements seul(e). 

Je propose un accompagnement psychologique en présentiel, en téléconsultation, ainsi qu'en walk and talk (accompagnement en mouvement, en extérieur), pour celles et ceux qui trouvent plus de ressources dans le fait de parler en marchant

L'idée est de pouvoir offrir un espace sécurisé, dans lequel ce qui a été vécu peut progressivement se déposer, se comprendre et se transformer, à votre rythme. 

Si vous souhaitez prendre rendez-vous ou simplement en savoir plus sur ma manière de travailler, vous pouvez me contacter. 

 

Bibliographie : 

- Anaut, M.(2002). Trauma, vulnérabilité et résilience. 

- Bowlby, J.(1969). L'attachement. 

- Cyrulnik, B.(2001). Les vilains petits canards.

- Ferenczi, S.(1933)

- Levine, P.(1997). Réveiller le tigre.

- McEwen, B.(2007)

- Porges, S.(1995)

- Van der Kolk, B.(2014). Le corps n'oublie rien.